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Communiqué de presse – Vente d’objets archéologiques : la salle des ventes Rops, un exemple illustrant les défis du marché et un appel lancé au respect des bonnes pratiques professionnelles (9 janvier 2026)

Communiqué de presse – Vente d’objets archéologiques : la salle des ventes Rops, un exemple illustrant les défis du marché et un appel lancé au respect des bonnes pratiques professionnelles (9 janvier 2026)

Pierre-Emmanuel Lenfant
Vice-président de l'ASBL Communauté Historia

Dans le cadre de la mission d’intérêt général poursuivie par le réseau Archeologia.be et Communauté Historia en matière de sensibilisation à la protection du patrimoine, nous souhaitons attirer publiquement l’attention sur la question récurrente de la mise en vente d’objets archéologiques dont la provenance n’est pas clairement documentée. Parmi les cas observés, plusieurs signalements concernent la salle des ventes Rops (Namur), où certains lots d’objets archéologiques ont suscité des interrogations quant à l’origine et à la traçabilité des pièces proposées.

Au cours des derniers mois, la salle de ventes Rops a en effet été interpellée à différentes reprises au sujet d’objets archéologiques dont certains observateurs ont estimé qu’ils présentaient des caractéristiques évoquant un prélèvement sans traitement postérieur, typiques de découvertes récentes non encadrées. L’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) est également intervenue en rappelant l’importance du respect des dispositions du Code du patrimoine wallon relatives à la provenance et à la documentation des biens archéologiques. À ce jour, nous déplorons toutefois qu’aucune réponse officielle n’ait été communiquée concernant les procédures de vérification ou de diligence mises en œuvre, ce qui soulève des interrogations quant à la manière dont ces obligations sont appliquées dans le cadre du commerce des biens culturels.

À titre illustratif, les ventes référencées 29963/359983 « Lot de deux boîtes de pièces romaines en bronze » et 29965/358941 « Boîte contenant des boutons et insignes militaires et autres » récemment publiées sur le site de la salle des ventes, présentent des ensembles d’objets dont l’état de conservation et l’aspect général peuvent interroger quant à leur provenance. Ces artefacts, qui ne semblent ni nettoyés ni restaurés, conservent des résidus de sédiments (notamment des traces de terre) et présentent des caractéristiques fréquemment observées dans des lots d’objets issus de découvertes non documentées (typiques de la détection) circulant sur des plateformes de vente en ligne. Ces éléments peuvent, sans préjuger de leur origine réelle, évoquer des objets provenant de découvertes récentes non encadrées.

Dans ce contexte, la mise en vente de tels lots soulève des interrogations d’ordre juridique au regard des dispositions du Code du patrimoine wallon lequel prohibe toute transaction portant sur des biens archéologiques issus de pillages ou dont l’origine légale ne peut être établie de manière certaine.

Or, de telles situations, lorsqu’elles sont observées au sein d’une salle de ventes établie, risquent de compromettre les efforts entrepris en Belgique pour lutter contre le pillage archéologique. Elles peuvent contribuer à la perte de données scientifiques et, indirectement, favoriser la circulation d’objets dont la provenance n’est pas clairement établie.  Plus largement, de telles situations sont susceptibles de soulever des interrogations quant à leur conformité au cadre juridique en vigueur, notamment en matière de lutte contre le recel de biens archéologiques.

Si la salle des ventes Rops est ici explicitement citée, il importe de souligner que la problématique dépasse largement le cadre des maisons de ventes traditionnelles. Les sites de vente en ligne (2ememain.be, Delcampe.net, etc.), groupes Facebook spécialisés ou encore Marketplace constituent aujourd’hui des vecteurs importants de circulation d’objets archéologiques d’origine illégale ou douteuse, souvent mise en ligne sans une véritable politique de vérification préalable.

Il apparaît dès lors indispensable que les bonnes pratiques en matière de vérification de provenance et de traçabilité soient rigoureusement appliquées par l’ensemble des acteurs du marché, qu’ils exercent en salle des ventes, en ligne ou par l’intermédiaire de plateformes tierces. L’argument consistant à se prévaloir d’un simple rôle d’hébergeur ou d’intermédiaire ne saurait les dégager de leur part de responsabilité dans la prévention et la lutte contre le pillage archéologique.

En tant qu’acteur reconnu, la salle des ventes Rops devrait incarner un haut niveau d’exemplarité. Dès lors, afin d’améliorer les pratiques, le réseau Archeologia.be et Communauté Historia recommandent de :

• Suspendre toute vente d’objets archéologiques dont la provenance légale n’est pas établie de manière vérifiable ;

• Mettre en place des procédures formalisées de diligence raisonnable, applicables à toutes les formes de vente (en salle, en ligne, via intermédiaires) ;

• Renforcer les échanges avec les autorités compétentes, dont l’AWaP, dans une logique de transparence et de coopération.

Nous soulignons que ce communiqué n’a pas pour objectif de formuler une accusation, ni d’imputer une infraction à un acteur particulier. Il s’agit d’un appel à la vigilance et d’une invitation à renforcer les bonnes pratiques dans un domaine où les enjeux scientifiques, culturels et légaux sont importants. Les éléments mentionnés relèvent d’observations factuelles et de questionnements d’intérêt général sur l’application du Code du patrimoine wallon. A cet égard, les auteurs du présent communiqué restent naturellement ouverts à toute clarification ou précision que la salle de ventes concernée souhaiterait apporter, dans l’esprit d’un dialogue constructif et au service de la préservation du patrimoine archéologique.

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Pour le surplus, il est régulièrement avancé que la valeur scientifique d’un objet découvert en détection serait faible, voire négligeable. Cet argument, souvent répété, mérite pourtant d’être sérieusement interrogé. À ceux qui le brandissent, nous opposerons des faits simples : pourquoi avoir adopté une réglementation volontairement permissive permettant à tout citoyen, sous certaines conditions, d’utiliser un détecteur à des fins archéologiques ? Pourquoi avoir créé, au sein de l’AWaP, une cellule spécifiquement chargée d’assurer l’interface entre les détectoristes et l’administration compétente ? Et surtout, comment expliquer l’augmentation constante, année après année, des publications scientifiques fondées sur des découvertes réalisées dans ce cadre, si celles-ci étaient réellement dénuées d’intérêt scientifique ?

La Wallonie n’est pas une morne plaine archéologique. Bien au contraire. Son territoire offre une diversité exceptionnelle de contextes à fort potentiel : au-delà des champs labourés — dont le contexte a parfois été perturbé — existent d’innombrables sites encore inédits, situés dans les bois, les prairies, les zones humides, les friches ou les terrains vagues. Dans ces milieux, les vestiges et les traces archéologiques peuvent affleurer directement. Il convient de rappeler avec force que, notamment dans les environnements humides, les conditions de conservation sont souvent remarquables. Toute intervention non maîtrisée, tout prélèvement hors cadre méthodologique, entraîne alors une perte définitive et irréversible d’informations scientifiques essentielles à la compréhension de l’évolution des sites. Ignorer cette réalité, c’est accepter l’appauvrissement durable de notre patrimoine archéologique et renoncer à une connaissance plus fine de notre passé...

Le pendant de ce communiqué est le volet répressif relatif au pillage archéologique, un sujet sur lequel notre association s’est déjà exprimée à plusieurs reprises.

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Article D.102 du Code du Patrimoine : « Les faits et les actes suivants sont constitutifs d'infraction : - 12° le fait pour une personne de détenir, d'aliéner ou d'acquérir un ou plusieurs biens archéologiques en ayant connaissance du fait que ce ou ces biens archéologiques ont été découverts dans le cadre d'une opération archéologique ou d'une activité de détectorisme qui n'a pas été autorisée conformément au Code (…) ».

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Les informations présentées dans ce communiqué reposent sur des observations et données publiquement accessibles à la date du 7 janvier 2026. Deux copies d’écran supplémentaires, datées du mois d’août 2025, sont également jointes à titre documentaire.

URL : https://www.rops-online.be/listing/29963/359983

URL : https://www.rops-online.be/listing/29965/358941



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