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Communiqué de presse - Vente du Mont-de-Piété : où est donc passée la vision politique pour le patrimoine tournaisien ? (Archeologia.be, 17 septembre 2026)

Pierre-Emmanuel LENFANT
Communauté Historia
Réseau Archeologia.be


Classé depuis 1936, le Mont-de-Piété est indissociable de l’histoire de Tournai et de celle de son musée d’Archéologie. Réfléchir à son avenir ne peut donc se résumer à une question immobilière ou budgétaire. C’est aussi décider de la place que Tournai souhaite accorder à son patrimoine, à ses collections, à la recherche, à la transmission et à l’accès du public à la culture. Pour nous, l’enjeu n’est dès lors pas simplement de savoir s’il faut vendre ou non, mais de déterminer quel projet patrimonial et muséal Tournai veut porter pour les trente prochaines années.

 

Nous ne méconnaissons ni les difficultés financières de la Ville et du CPAS, ni la nécessité de prendre des initiatives. Nous ne sommes pas opposés par principe à une vente ou à une réaffectation du Mont-de-Piété. Mais une telle décision ne peut être envisagée indépendamment de l’avenir du bâtiment, des collections qu’il abrite et, plus largement, de la politique muséale et patrimoniale de Tournai.

 

Le problème est donc d’abord celui de la méthode. Alors que la vente apparaît désormais comme une perspective concrète, il faut encore déterminer ce que la Ville veut construire pour le patrimoine tournaisien. Depuis plusieurs années, nous défendons l’idée de nouveaux usages et de partenariats permettant de restaurer, valoriser et faire vivre le Mont-de-Piété. Nous aurions attendu de la majorité communale qu’elle commence par définir ses objectifs, examine les différents scénarios et détermine les fonctions qui doivent impérativement rester sous maîtrise publique.

 

Cette réflexion doit s’inscrire dans une véritable stratégie muséale. Sous la responsabilité de l’échevine en charge des Musées, Coralie Ladavid, les décisions concernant les bâtiments, les collections et les équipements doivent être pensées de manière cohérente. Moderniser une politique muséale ne peut se réduire à rendre le patrimoine plus visible ou plus "instagrammable".  Une photo ou un clip de trente secondes ne remplacent ni la conservation, ni la recherche, ni la médiation, ni la transmission. Le carré Janson illustre déjà les questions que pose cette évolution des usages et des priorités.

 

Selon nous, la Ville doit répondre à trois questions essentielles : quelle place veut-elle donner aux collections, aux réserves et à la médiation ? Quelle complémentarité veut-elle construire entre les différents musées et lieux de mémoire ? Et quelles fonctions doit-elle impérativement préserver dans le giron public ? Le Mont-de-Piété pourrait précisément être le point de départ de cette réflexion. Plutôt que de considérer ce bâtiment uniquement comme un actif immobilier, Tournai devrait en faire un levier pour repenser sa politique patrimoniale et muséale.

 

La vente semblant désormais inéluctable, des marges de manœuvre subsistent néanmoins quant à la manière dont ce patrimoine pourra être restauré, valorisé et continuer à servir l’intérêt collectif. Plusieurs scénarios devraient encore être étudiés : réaffectation partielle, création de nouveaux espaces culturels, ateliers ou résidences d’artistes, logements étudiants ou privés, ou encore partenariats avec des acteurs publics et privés. Un montage associant acteurs publics et privés pourrait notamment être envisagé. Nous demandons que toutes ces options soient examinées de manière transparente et que la Ville, en lien avec les services régionaux compétents, lance un appel à projets afin d’identifier les solutions les plus ambitieuses et les plus viables. La rentabilité peut constituer un élément d’appréciation, mais elle ne peut être le seul critère : les projets devront également répondre à des objectifs patrimoniaux clairement définis et préserver l’intérêt collectif.

 

Nous ne demandons pas pour autant à la Ville de conserver le Mont-de-Piété dans son intégralité, à tout prix et quelles que soient les circonstances. Nous estimons en revanche qu’une partie au moins de cet ensemble emblématique devrait pouvoir demeurer dans le giron communal, afin de préserver une capacité de maîtrise publique sur son devenir et ses usages.

 

Cette maîtrise publique ne doit toutefois pas être confondue avec la seule question de la propriété. Ce qui importe est également de garantir, dans la durée, la vocation publique et culturelle des espaces concernés. Si tout ou partie du Mont-de-Piété devait être cédé à des investisseurs privés, la Ville devrait donc veiller à préserver une garantie juridique d’usage public et culturel durable sur une partie du site. Le classement protège la valeur patrimoniale du bâtiment, mais ne suffit pas à garantir sa vocation publique. Celle-ci doit être explicitement préservée dans le montage juridique et, le cas échéant, dans les conditions de la cession.

 

Dans ce dossier, nous attendions par ailleurs davantage d’ambition, d’implication et de volonté politique de la part de l’échevin en charge du Patrimoine, Benjamin Brotcorne. Lorsqu’un édifice aussi emblématique est concerné, son rôle ne peut se limiter à accompagner une décision administrative. Il doit porter une vision, défendre les intérêts patrimoniaux de la collectivité et veiller à ce que toutes les solutions soient réellement examinées.

 

La majorité actuelle hérite certes d’une situation patrimoniale difficile, fruit de plusieurs années de décisions trop souvent ponctuelles et insuffisamment inscrites dans une stratégie d’ensemble. Mais cet héritage ne peut être une excuse. Il doit au contraire être l’occasion de changer de méthode et de rompre avec une gestion patrimoniale qui a trop souvent montré ses limites.

 

Opposer patrimoine et finances publiques serait une erreur de perspective. Un patrimoine entretenu, accessible et vivant contribue aussi à l’attractivité de Tournai, à la fréquentation du centre-ville, au tourisme et à l’activité économique. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre culture et finances : il est de construire un projet patrimonial viable qui serve durablement la collectivité. Nous demandons surtout à la Ville de répondre à trois questions simples : pourquoi vend-elle, que veut-elle construire et qu’entend-elle préserver ? C’est à partir de ces réponses que doivent être déterminées les conditions de la vente, les usages futurs du site et la place du Mont-de-Piété dans la politique muséale de Tournai.

 

Car vendre un bâtiment n’est pas vendre une politique muséale. Mais vendre un bâtiment sans avoir défini les conséquences de cette décision sur les collections, les musées et les usages publics, c’est prendre le risque de laisser une opération immobilière déterminer, de fait, la politique culturelle de la Ville. Le Mont-de-Piété ne doit pas devenir le symbole d’une politique patrimoniale menée au coup par coup. Il peut au contraire être l’occasion de poser les bases d’une nouvelle ambition patrimoniale et muséale pour Tournai.



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