La succession des
dégradations commises dans le parc d’Enghien vient
de franchir un nouveau seuil alarmant. Après la destruction
du vase dit de Bacchus et les dommages causés aux
balustrades du Pavillon des Sept Étoiles, les balustrades de
la chapelle castrale ont à leur tour
été prises pour cible. Mais ce n’est
pas tout ! Le même jour, une magnifique sculpture figurant
deux enfants chevauchant une créature marine fantastique,
typique de l’esprit baroque, installée, elle
aussi, au bord du Grand Canal, a également
été volontairement agressée et
arrachée de son piédestal. Les images
publiées par la Ville d’Enghien ne laissent
guère de doute sur la violence et le caractère
délibéré de l’acte.
Il ne s’agit plus de simples
incivilités isolées. Ici, des imbéciles sont venus
pour en découdre avec le patrimoine ! Il s’agit
d’actes dont l’intentionnalité et la
préméditation ne font aucun doute ! Détruire pour
le plaisir ou pour la mise en scène ! S’en prendre
à des œuvres, à des décors historiques et
à des éléments restaurés qui appartiennent
à tous constitue une attaque directe contre une mémoire
collective et contre les efforts consentis par la collectivité
pour la transmettre.
Cette situation est d’autant plus inadmissible que la chapelle
castrale vient à peine d’être restaurée. Or,
dans un contexte budgétaire contraint, chaque euro
consacré à la conservation du patrimoine est
précieux. Devoir mobiliser à nouveau des moyens publics
pour réparer des destructions volontairement provoquées
est un gâchis inacceptable, au détriment d’autres
restaurations pourtant nécessaires.
Les récents incendies qui ont durement touché les Fagnes
nous rappellent, eux aussi, à quel point notre patrimoine
demeure fragile. Qu’il soit naturel ou culturel, il peut
être détruit en quelques heures, parfois de manière
irréversible. Les paysages, les forêts, les monuments, les
œuvres et les sites historiques constituent un héritage
commun : leur disparition ou leur altération appauvrit
durablement l’ensemble de la collectivité. Cette
fragilité impose une vigilance accrue, mais aussi une
réaction claire lorsque la destruction résulte
d’actes humains volontaires.
La Ville d’Enghien a déposé plainte et
l’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) a été
informée. Communauté Historia soutient pleinement les
démarches entreprises par les autorités locales et
appelle à une réponse coordonnée associant la
Ville, l’AWaP, les services compétents, la police et la
Justice. Nous demandons en particulier à la ministre wallonne du
Patrimoine, Valérie Lescrenier, de déposer plainte au nom
de la Région wallonne. Une telle démarche n’est
peut-être pas juridiquement indispensable, mais elle
revêtirait une portée politique et symbolique essentielle.
Elle affirmerait sans ambiguïté que les atteintes au
patrimoine ne sont ni secondaires, ni tolérables, ni
vouées à rester impunies.
Communauté Historia lance par ailleurs un appel à
témoins. Toute personne disposant d’informations
susceptibles d’aider à identifier le ou les auteurs est
invitée à les transmettre aux services de police ou aux
autorités judiciaires. Une récompense sera offerte pour
tout renseignement fiable et déterminant permettant
l’identification des responsables. Il ne s’agit
évidemment ni d’encourager la confrontation ni de se
substituer à la justice, mais de contribuer utilement au travail
des enquêteurs afin que les auteurs de ces faits répondent
de leurs actes.
Au-delà de l’enquête en cours, il est indispensable
de renforcer la prévention : surveillance accrue des sites les
plus exposés, amélioration de l’éclairage
(installation prévue à l’automne) et de la
sécurisation lorsque cela est pertinent, coordination
renforcée entre les autorités et sensibilisation du
public. Le patrimoine ne peut pas être protégé
uniquement une fois qu’il a été brisé,
renversé ou incendié : il doit l’être avant
que les dommages ne deviennent irréversibles. Ici comme
ailleurs, il s’agit d’une responsabilité collective.
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