Retour
sur le projet de parking du CHWapi et petit rappel des obligations en
matière d’archéologie préventive...
À la suite de nos alertes, l’AWaP a finalement
détaché un archéologue et permis la
réalisation d’un sondage sous sa conduite. Ce travail de
terrain rappelle ce que l’archéologie doit toujours
être : une discipline fondée sur des hypothèses,
des vérifications et des faits, et non sur des prises de
position ou des suppositions.
Dans le cas présent, les sondages ont permis de mettre au jour
des éléments significatifs : des vestiges de la
deuxième muraille de la citadelle ainsi qu’un escalier
donnant accès à une galerie aujourd’hui
effondrée. Ces découvertes confirment l’existence
d’une galerie d’accès menant à la galerie
d’escarpe.
Concernant cette dernière, aucune trace directe n’a pu
être observée lors des investigations. Néanmoins,
son implantation présumée reste bien connue, car elle
peut être déduite du plan général de la
citadelle. Il est dès lors possible d’en proposer un
tracé théorique cohérent, sans pour autant en
attester matériellement la présence à cet endroit
précis.
Par ailleurs, l’absence de mise au jour de l’escarpe
elle-même suggère qu’elle se situe probablement
à une profondeur plus importante que celle atteinte par les
sondages, ou à proximité immédiate de la limite de
propriété, rendant toute intervention plus invasive
difficile sans compromettre les parcelles voisines.
Cette conclusion est essentielle : elle indique que l’emprise du
projet n’entraînera pas d’impact significatif sur les
structures archéologiques identifiées. Les vestiges
pourront être conservés en place sous la future dalle,
sans nécessiter de fouilles complémentaires. Cette
démarche correspond pleinement à la logique du diagnostic
archéologique, qui vise à identifier, caractériser
et évaluer les vestiges afin d’adapter les projets
d’aménagement en conséquence.
Il convient de rappeler avec clarté que
l’archéologie préventive a pour objectif
d’éviter une perte irréversible
d’informations et de connaissances. Engager des travaux sans
cette étape préalable revient à exposer
inutilement le patrimoine à une destruction non
documentée, alors même que l’archéologie a
pour vocation d’accompagner les projets, d’enregistrer les
données nécessaires et de préserver les
éléments qui peuvent l’être.
Nous devons également souligner qu’il est regrettable de
devoir rappeler à la Région wallonne des obligations qui
relèvent pourtant du cadre réglementaire et des bonnes
pratiques administratives. Le diagnostic archéologique
n’est ni une contrainte superflue ni un frein idéologique
: il s’agit d’un outil rationnel, fondé sur des
méthodes éprouvées et orienté vers
l’intérêt collectif.
À ceux qui pourraient s’interroger sur la pertinence
d’une telle mobilisation pour un résultat jugé
limité, il importe de rappeler que l’archéologie a
cette particularité d’impliquer parfois la destruction de
son propre objet d’étude, mais toujours dans un cadre
maîtrisé, documenté et justifié. C’est
précisément ce qui la distingue d’une destruction
aveugle : en contexte préventif, elle permet
d’éviter qu’une disparition matérielle ne
s’accompagne d’une perte définitive de connaissance.
Autrement dit, lorsque des vestiges peuvent être
identifiés, localisés, compris et conservés en
place, l’archéologie a pleinement rempli sa mission.
Nous remercions l’ensemble des intervenants pour leur
collaboration et constatons avec satisfaction que les travaux pourront
désormais se poursuivre dans des conditions plus sereines, les
risques de découvertes fortuites étant à
présent mieux encadrés.
En archéologie, une hypothèse solide, une
vérification rigoureuse et des faits établis valent
toujours mieux qu’un procès d’intention.
Pierre-Emmanuel LENFANT
Vice-président de Communauté Historia
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