5 mars 2026 – Citadelle de Tournai : pour un moratoire immédiat et des
fouilles préventives ciblées avant tout chantier
La décision est désormais officielle : aucune fouille
archéologique ne sera réalisée sur le site de la
Citadelle de Tournai concerné par les travaux du CHwapi. Une
surprise ? Que nenni ! À l’instar d’autres sites
patrimoniaux qui n’ont pas fait l’objet de fouilles
archéologiques — comme le parking Rogier ou encore le site
des Dames Blanches à Namur —, la position
ministérielle semble confirmer une orientation
préoccupante : celle d’un affaiblissement progressif des
exigences en matière de protection du patrimoine
archéologique en Wallonie.
Rappelons toutefois, dans ce dossier, l’attitude exemplaire du
Centre Hospitalier qui, dès le départ, a accepté
de prendre en compte la dimension archéologique du projet.
L’institution a notamment pris contact en amont avec
l’association « Les Amis de la Citadelle de Tournai »
afin d’évaluer l’impact du projet envisagé et
a proposé un soutien logistique à l’Awap.
Or, la Citadelle de Tournai ne saurait être considérée comme un site secondaire. Cet ouvrage
constitue un ensemble défensif majeur, essentiel à la compréhension de l’histoire militaire et
urbaine de la Wallonie. Les aménagements envisagés — un bassin d’orage et un parking à
plusieurs niveaux — concernent une portion significative de l’escarpe 4-5, située sous une faible
épaisseur de couverture végétale.
Les données actuellement disponibles suggèrent la possible présence d’une galerie souterraine
analogue à celle mise au jour entre les bastions 2 et 3. Les terrains visés par le projet présentent
dès lors un intérêt archéologique de tout premier ordre. Restés vierges de toute construction
depuis le démantèlement de la citadelle au XIXᵉ siècle, ils constituent une véritable capsule
temporelle pour l’étude de cette partie du site. Toute intervention non encadrée entraînera une
perte irréversible de données archéologiques précieuses.
Ces constats ne relèvent ni de la spéculation, ni d’un quelconque fantasme patrimonial : ils
s’inscrivent dans la continuité directe des fouilles menées en 2023, lesquelles ont mis en
évidence un excellent état de conservation d’ouvrages significatifs. Nous sommes ici en présence
d’un site documenté et scientifiquement établi. La construction d’infrastructures lourdes au
dessus de structures potentiellement préservées comporte en outre des risques techniques
manifestes : obstruction de galeries, infiltrations, désordres structurels et dégradations
irréversibles.
Dans un contexte où la présence archéologique est
avérée, le Service public de Wallonie a
l’obligation légale de veiller à la mise en
œuvre de fouilles préventives adaptées. Autoriser
des travaux d’une telle ampleur sans investigation
préalable expose ces vestiges à un risque majeur de
destruction définitive. Il faut le dire clairement : la
politique actuellement menée est assassine à
l’égard du patrimoine archéologique
régionale. Face à cette situation, Communauté
Historia demande formellement : un moratoire immédiat sur les
travaux projetés dans les zones sensibles, la mise en place
d’une expertise indépendante ainsi que la
réalisation de fouilles préventives limitées mais
ciblées, concentrées sur les secteurs identifiés
à fort potentiel archéologique.
Cette position ne constitue ni un refus du projet ni une opposition de
principe aux aménagements envisagés. Elle vise à
garantir que toute aménagement impactant un site
archéologique potentiel s’effectue dans le respect des
obligations légales, des bonnes pratiques scientifiques et de la
défense de l’intérêt général.
À défaut de garanties suffisantes, Communauté
Historia se réserve le droit d’introduire une plainte
motivée pour atteinte potentielle à des vestiges
archéologiques.
A noter que, dans les faits, l’AWaP dispose toujours de marges de gestion (sous-traitance,
propositions de réallocation de crédits) qui permettent, au moins en partie, de faire face à des
dépenses exceptionnelles comme celles prévisibles pour les fouilles de l’abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés à Chercq. Dès lors, le fait de ne pas mobiliser ces marges relève
largement d’un choix politique, la responsabilité finale des moyens mis à disposition de l’Agence
incombant au gouvernement et à la ministre compétente.
Dans ce contexte, complémentairement aux initiatives prises par l’association « Les Amis de la
Citadelle de Tournai », nous appelons les riverains et l’ensemble des citoyens attachés au
patrimoine à exercer une vigilance active : suivre l’évolution du chantier et nous signaler toute
découverte fortuite (murs, cavités, structures enfouies). Lorsque la protection du patrimoine
soulève des inquiétudes légitimes, la vigilance citoyenne devient une responsabilité collective.
L’archéologie wallonne mérite une politique
transparente, juridiquement rigoureuse et scientifiquement
fondée. Elle requiert un débat ouvert, une expertise
indépendante et des décisions éclairées.
Elle ne peut être fragilisée comme c’est le cas en
l’espèce.
Pierre-Emmanuel LENFANT
Vice-Président de l’ASBL Communauté Historia
Annexes
• Annexe 1 – Vue depuis la parcelle concernée (4 mars 2026)
• Annexe 2 - Localisation sur la citadelle hollandaise des fortifications qui seront
impactées par les travaux.
• Annexe 3 - Parcelles concernées – Document fourni par les Amis de la Citadelle de
Tournai
• Annexe 4 - Communiqué de l'association "Les Amis de la Citadelle de Tournai"
• Annexe 1 – Vue depuis la parcelle concernée (4 mars 2026)
• Annexe 2 - Localisation sur la citadelle hollandaise des fortifications qui seront
impactées par les travaux.
• Annexe 3 - Parcelles concernées – Document fourni par les Amis de la Citadelle de
Tournai
• Annexe 4 - Communiqué de l'association "Les Amis de la Citadelle de Tournai"
Tournai, le 25 février 2026
Objet : Citadelle de Tournai – parking du CHwapi
La Citadelle en péril
Le 4 décembre 2025, L’Avenir annonçait
l’octroi du permis de bâtir pour un parking à
étages de 435 places, rue des Patriotes Fusiliers.
L’information provenait d’un affichage du 28 novembre
à l’Hôtel de Ville. Le 29 décembre, le
même journal indiquait que les travaux débuteraient en
mars 2026, pour s’achever au premier trimestre 2027.
Le fonctionnaire délégué de la Région
wallonne a accordé ce permis sans tenir compte de la zone
d’intérêt archéologique que représente
le site. L’ASBL Les Amis de la Citadelle de
Tournai s’en est vivement étonnée,
d’autant que le CHwapi, dans un esprit de collaboration que nous
saluons, nous avait consultés à ce sujet le 26 novembre
2024. Nous lui avions alors transmis toutes les informations à
notre disposition et relayé la demande auprès de
l’AWaP, chargée d’accompagner le projet. Le centre
hospitalier s’était même déclaré
prêt à fournir un appui matériel pour faciliter les
fouilles archéologiques à prévoir.
Ne résidant pas dans un rayon de 50 mètres autour du
site, nos membres n’ont pas vu l’affichage relatif à
l’enquête publique et n’ont pas été
informés par les autorités communales. Nous n’avons
donc pu formuler d’observations. Ce point n’aurait pas
été préoccupant si l’AWaP avait pu suivre le
dossier dans les délais. Or, le fonctionnaire
délégué a sollicité l’agence trop
tard et a délivré son avis avant l’expiration du
délai de 30 jours dont disposait l’AWaP. Surprise par
cette précipitation, l’agence n’a pu dégager
ni budget ni personnel pour organiser des fouilles préventives
pourtant indispensables, au vu de la valeur archéologique du
site. Pire encore, dans un courrier du 20 janvier 2026, l’AWaP a
finalement autorisé la mise en œuvre du permis sans
conditions, ni fouilles préventives — l’entrepreneur
étant simplement invité à signaler toute
découverte « fortuite ». Un tel protocole risque de
réduire à néant de précieuses informations
inédites et irremplaçables.
Le site concerné est d’une importance exceptionnelle. Il
s’agit de la dernière parcelle recouvrant l’escarpe
— la muraille de la citadelle — encore intacte depuis le
démantèlement de 1869. C’est la seule zone
où des fouilles complètes et rigoureuses peuvent encore
être menées. Selon les plans d’époque, cette
portion comportait une double muraille située entre les bastions
4 et 5, sous laquelle passe une galerie souterraine. Les investigations
menées au CRP en 2023 ont permis de localiser cette galerie,
encore en excellent état, comme l’indiquent les
observations effectuées à partir des bouches
d’aération dégagées. La configuration des
lieux laisse entrevoir la possibilité d’un accès
à cette galerie en plein cœur de la future zone de
construction.
Des fouilles archéologiques intégrales constitueraient la
dernière occasion d’étudier la structure de
l’escarpe et de la fortification française du XVIIe
siècle, remaniée par les Hollandais au XIXe. Les autres
sections comparables sont en domaine militaire, inaccessibles pour des
raisons de sécurité et profondément
altérées par plus de deux siècles
d’aménagements. Ce serait donc un rendez-vous historique
manqué — dans l’indifférence
générale — tandis que la ministre wallonne du
Patrimoine ne répond à aucune interpellation.
La nature des travaux projetés, notamment la création
d’un bassin d’orage au-dessus de la zone fortifiée,
fait craindre le pire. Par simplicité, l’entrepreneur ne
risque-t-il pas de détruire purement et simplement les vestiges,
comme cela s’est produit en 2025 rue Despars ? Et, dans le
meilleur des cas, si la muraille était sauvegardée,
l’injection de béton dans la galerie via les bouches
d’aération ne risque-t-elle pas de l’endommager
irrémédiablement ? Enfin, en cas de défaut
d’étanchéité du bassin, des infiltrations
pourraient inonder la galerie, fragiliser le sous-sol ou affecter les
caves avoisinantes (rue Jean de Mesgrigny et bâtiments de la
caserne).
Fouiller le site est donc essentiel, à la fois pour enrichir nos
connaissances historiques et pour prévenir
d’éventuels désagréments pour le voisinage.
Le CHwapi a démontré jusqu’ici une volonté
exemplaire de dialogue et de transparence ; il serait regrettable que
cette coopération se solde par un échec et une perte
irréversible pour le patrimoine tournaisien. De nombreux
bénévoles s’engagent au quotidien pour
préserver ce patrimoine ; ignorer cet enjeu reviendrait à
nier la valeur de leur engagement.
Philippe Pierquin
Les Amis de la Citadelle de Tournai, asbl
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