Page d'accueil Actualité Agenda Emploi Formations Stages Sites amis  Contactez l'auteur
Archeologia.be - L'Abécédaire de l'Archéologie
Archeologia.be - L'Abécédaire de l'Archéologie

Belgique - Rencontre avec Guy CONDE-REIS, commissaire de l'exposition "Victor Horta et l'Hôtel Aubecq : Exposition d'un Chef d'oeuvre" (29 septembre 2011)

Pierre-Emmanuel Lenfant

Mise en ligne : 29 septembre 2011


retour à la rubrique "Actualité"




 Rencontre avec Guy CONDE-REIS, commissaire de l'exposition

 "532, Avenue Louise à Bruxelles"

L’Hôtel Aubecq, petit « Palais » urbain

Fils d’un entrepreneur qui fit fortune dans l’émaillerie, Aubecq souhaitait s’offrir un hôtel de maître digne de ce nom. Vu la réputation de l’architecte, un projet fut naturellement proposé à Victor Horta. Au terme des discussions, les parties s’accordèrent et Victor Horta se plia aux exigences d’Aubecq. 

Mais... Au cours d’une réception qui se voulait avant tout festive, Victor Horta fit part qu’il était loin de partager la bonne humeur de son hôte. L’histoire retient qu’ offusqué, Aubecq lui demanda  « Qu’auriez-vous fait à ma place ? »… et Victor Horta de lui soumettre « son » projet, celui d’un petit « Palais » urbain. L’enthousiasme s’empara bien vite des deux compères et 4 longues années furent nécessaires… alors même que le contrat initial n’en prévoyait qu’une seule. L’emplacement choisi n’était pas non plus anodin puisqu’il s’agissait du dernier îlot de l’Avenue Louise nez-à-nez avec le Bois de la Cambre ; quartier le plus prisé de la longue Avenue. Nous sommes en 1900. 

Victor Horta et l'Hôtel Aubecq
Hotel Aubecq - Victor Horta

Victor Horta et l'Hôtel Aubecq

Victor Horta et l'Hôtel Aubecq

Rigueur et exigences d’un architecte

Le projet de l’architecte était caractéristique d’une époque : la bâtisse et les éléments qui la composèrent étaient pensés en termes d’unité. Dans cette soif d’une perspective systémique chère à l’Art Nouveau, Victor Horta dessina les meubles, les boiseries, les décorations y afférentes, et même les motifs du linge maison. Chaque élément était réfléchi de manière à interagir avec les autres . 

Pour l’époque, les dimensions de ce petit « Palais » étaient impressionnantes : 40 m sur 15 m . 

Avec ce projet, Victor Horta poussa l’exigence et la rigueur à son extrême. 

Au niveau des pierres de façades, 3 types de roches furent utilisés pour sa réalisation : Pierre de modave, Pierre de longpré et gré rose d’Ecosse. Le travail de la pierre illustre les exigences de Victor Horta : certaines pierres sont bouchardées; d’autres retouchées linéairement. Il s’agit là encore d’une subtilité de Victor Horta destinée à magnifier l’Hôtel en permettant des jeux d’ombre, de textures, de matières quel(le) que soit l’endroit ou l’heure de la journée.

Ses exigences étaient telles que les carriers chargés de préparer les pierres éprouvèrent de grandes difficultés à comprendre le cahier des charges qui leur avaient été soumis. Victor Horta et son équipe furent contraints de dessiner jusqu’à 6 plans de chaque pierre composant la façade ; des réalisations en plâtres furent également réalisées afin d’avoir un rendu tridimensionnel des attentes de l’architecte.

La méthode suivie s’inscrivait dans une démarche rationnelle et pré-fonctionnaliste ; reflet des occupations et des espaces intérieurs. En façade, les fenêtres renvoient à l’affectation des lieux auquel elles se réfèrent. Les trois fenêtres de gauche soulignent la chambre ; celles qui suivent le bureau du propriétaire.

Victor Horta était surtout un architecte aux faits des évolutions techniques et des nouveaux matériaux de constructions utilisées par ses homologues belges et étrangers. Ainsi, les fers forgés dessinant l’escalier, la verrière, les terrasses permirent à l’architecte de complexifier les motifs utilisés en alternant le rivet et la vis ; nouvelle technique anglaise.

A l’époque de sa construction, l’Hôtel Aubecq fut célébré par de nombreux critiques belges et étrangers. Tous s’accordaient pour reconnaître en celui-ci l’excellence de l’Art nouveau. Un élément plus personnel conforte ce sentiment. Ainsi, dans la salle à manger de son Hôtel, Victor Horta avait disposé un bas-relief représentant 5 muses ; celle de l’architecture tendait la main à l’Hôtel Aubecq. Pour Victor Horta aussi, l’Hôtel Aubecq consacrait un idéal.

D’une mort annoncée et ses péripéties

Aubecq meurt en 1947 et, avec ce décès, la mort du petit Palais allait suivre le pas. Dans les années de l’après-guerre, il n’y a pas dans l’esprit des contemporains ce besoin de « préserver » pareille architecture . Cette dernière est alors considérée comme démodée en raison de son gigantisme, de son caractère énergivore… De surcroît, le fils Aubecq n’avait aucune affinité avec ce bien hérité et souhaitait s’en débarrasser au plus vite. Tout le mobilier fut vendu de gré à gré voire en vente publique (meubles, sculptures, etc.) .

En lieu et place de l’Hôtel, les nouveaux propriétaires ne cachèrent pas qu’ils souhaitaient y voir ériger un « immeuble de classe ». La presse se fit écho d’une mort annoncée. Une pétition fut même lancée par la veuve de Victor Horta et son ami et collègue Delhaye. Rien n’y fait… ou si peu. Actant des protections, le bourgmestre de l’époque débloqua toutefois 300.000 francs belges – somme considérable pour l’époque – afin de démonter la façade. Le permis de destruction fut accordé le 7 mars 1950.

Les péripéties de la façade de l’Hôtel est singulière et témoigne des vicissitudes institutionnelles que connut la Belgique au cours de son histoire récente. La façade fut déménagée près de 8 fois comme autant de propriétaires qui se succédèrent ; national, fédéral et, enfin, régional.

Victor Horta et l'Hôtel Aubecq
Victor Horta et l'Hôtel Aubecq

Quid de l’avenir ?      

Au sortir d’un exposé plus que captivant, Guy Conde-Reis souligna la sensibilité particulière dont témoigna Charles Picqué, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-capitale, à l’égard de cet élément significatif du patrimoine bruxellois. 

Selon le Commissaire, il est à espérer que cette façade deviendra la porte d’entrée de l’Art nouveau à Bruxelles. La réputation architecturale de la Capitale n’est plus à écrire, mais il n’en demeure pas moins qu’aucun fil conducteur n’a à ce jour été identifié pour la rendre compréhensible du plus grand nombre. 

Gageons que les années qui viennent verront se concrétiser une valorisation qui semblera à bien des lecteurs plus qu’opportune.

Pierre-Emmanuel Lenfant

Mise en ligne : 29 septembre 2011

Archeologia.be